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MORTS DE PEUR

C’est l’Halloween, on fait semblant d’avoir peur de nos petits monstres qui demandent des bonbons, les infirmières sexy et les pantalons à pattes d’éléphant font leur entrée annuelle dans les bars, on va voir le film d’horreur nouveau dans un multiplexe fleurant le bon pop-corn, mais sous le mince film de notre apaisante modernité, nous avons la trouille.

Si collés, si peureux.
Si collés, si peureux.

Si jamais nous survivons par miracle à la spirale dans laquelle notre espèce est engagée, voici à quoi pourrait ressembler un extrait d’une thèse de socio de 2681: «[...] nos ancêtres consommaient énormément et avaient très peur.»

Nous consommons énormément et nous sommes morts de peur. Si on pouvait mettre un grand titre en une du journal de la planète de l’an de grâce 2009, c’est bien celui-là. La crainte de l’apocalypse n’est évidemment pas une chose nouvelle et les religions font des affaires d’or depuis Mathusalem en s’érigeant comme «traders» officiels de notre grande bourse de la peur. Mais se pourrait-il que jamais dans l’histoire de notre espèce nous n’avons observé un aussi grand décalage entre la sécurité dans laquelle nous vivons et l’obsession sécuritaire qui tient lieu de sous-texte par excellence des discours que nous entretenons sur nous même?

L’auteur québécois Nicolas Dickner s’est récemment amusé de très belle manière dans son roman Tarmac à propos de cette obsession de l’apocalypse dans une société policée. «Elle regardait défiler le paysage. Champ de maïs, cour à métaux, champ de soya, champ de maïs, incinérateur, cinéparc, parc industriel, Wal-Mart, champ de maïs, concessionnaire Ford, champ de maïs, motel, usine GM abandonnée, terrain vague, gare de triage, champ de soya, parc industriel, centrale nucléaire, champ de maïs, motel, cimenterie, quartiers crasseux le long de la voie ferrée [...] petits mammifères frappés de mort violente.»

On se croirait sur la 20.

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La thèse voulant que nous n’ayons jamais été si couvés et en même temps si apeurés est également soutenue par le journaliste canadien Dan Gardner du Ottawa Citizen dans son plus récent livre: Risque, La science et les politiques de la peur. Un essai troublant sur notre obsession de la sécurité. Une brique dans laquelle le journaliste nous dit que nous n’avons jamais été aussi peureux. Au lendemain du 11 septembre, 1600 personnes sont mortes sur les routes des États-Unis après avoir décidé de prendre leur auto au lieu de l’avion parce qu’ils avaient peur… Il y a 14 fois moins d’homicides en Angleterre aujourd’hui par rapport au moyen-âge… la chance que votre enfant a de se faire enlever par un étranger au Canada est de 1 sur 6 millions. Et pourtant… Et pourtant nous n’avons jamais autant dépensé en assurances, en systèmes d’alarme, en caméras de surveillance, en coussins gonflables… Nous sommes paranos et nous n’avons pas raison, nous dit Gardner.

Voici la recension du livre par le Daily Telegraph. Et voici le site du journaliste.

Finalement, c’est peut-être Boris Vian qui, dans L’arrache-coeur, a le mieux résumé cette fuite en avant sécuritaire qui fait qu’on ne veut même plus que notre petit dernier sorte sans un bracelet gps et une armure. Dans son roman qui raconte entre autres la quête désespérée d’une mère surprotectrice, il écrit alors que la mère décide de construire du vide autour de ses enfants, de peur qu’ils se blessent, «il faut leur construire un monde parfait, un monde propre, agréable, inoffensif, comme l’intérieur d’un oeuf blanc posé sur un coussin de plume.»

Merci Boris

En prime, et puisque c’est de saison un lien qui vous mènera vers les meilleures chansons d’Halloween jamais enregistrées.

Non je n’ai pas vu «This is it», et pour être franc, je m’en fous un peu.

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«Il y a comme quelque chose qui schlingue ici les gars»

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